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Grenaille, Léon (1850-1920)

Sommaire

Identité 

Formes référentielles :

Autres formes connues :

Éléments biographiques 

Engagements dans le renaissance d’oc 

vignette_Léon Grenaille.jpg

Léon Grenaille était agriculteur. Il écrivait des poésies en langue d'oc, dans la variante langadocienne del sud Périgord, publiées dans les recueils Ol Perigor négré et Qualcos espigos, dont deux, Mon gobelet et Moun poï, furent mises en musique par Jean Darquier (Sarlat, 1908). Mon poï fut chanté à l'Opéra de Paris par Robert Cousinou, chanteur lyrique baryton et poète (entré à l'Opéra de Paris en 1913). Cent ans après, les Périgourdins chantaient encore cette chanson.


Identité 


Formes référentielles :

Grenaille, Léon (1850-1920)

Autres formes connues :

Grenalha, Leon (Forme occitane du nom)

Éléments biographiques 

Sur son acte de naissance, Léon Grenaille est appelé Pierre Grenaille, fils de Géraud Grenaille et de Suzanne Lagugie qui habitaient au Port de Grolejac ; Son nom de baptême fut changé au cours de sa vie, comme c'était la mode à cette époque-là.
Il naquit à La Pontonnerie de Carsac (Dordogne) le 5 juillet 1850, dans une famille d'origine locale ; les Grenaille y habitaient depuis la Révolution ; c'était une auberge ancienne, relais de poste qui se trouvait en face du port de Grolejac installé sur l'autre rive. Le poète trouvait son inspiration dans la vie près du fleuve.
Il était issu d'une famille rurale, paysans depuis de nombreuses générations. Il se maria avec une fille qui venait aussi du milieu rural. Son arrière-petit-fils, interrogé le 20 août 2020, n'a pas pu donner d'informations quant à sa scolarité dans les années 1850-1870, ni même quant à ses diplômes. Il aurait pu fréquenter une des écoles primaires communales non gratuites créées par Guizot en 1833, ou, comme d'autres de la même génération, suivre des leçons du curé de son village.
Il ne fit pas le service militaire, ni la guerre de 1870-1871, sa famille paya un remplaçant afin de le garder pour le travail de la ferme (Le service durait sept ans). Ce qui implique que sa famille avait les moyens de payer ce remplaçant. 
Léon Grenaille mourut le 19 mars 1920 à Grolejac (Dordogne). Dans sa nécrologie sur le journal L'Union sarladaise1 qui avait publié ses poèmes, au nom de la Société des Vétérans du canton de Carlux, le docteur Dupiellet, maire de Carlux, le dit « animé du plus pur esprit de justice et de solidarité » et communique aussi le discours prononcé par Monsieur Sarrazin, un temps médecin à Grolejac où il commença une carrière politique comme conseiller municipal, puis maire de Sarlat, puis député. À la lecture de ses poèmes, il semble que le positionnement politique de Léon Grenaille s'accommodait avec celui de son ami Sarrazin qui avait évolué des Républicains plutôt de gauche aux Radicaux Socialistes. Son arrière-petit-fils ne sait pas si Léon était adhérent au parti, mais il le dit engagé dans la lutte pour la séparation de l'Église et de l'État (1901), en opposition au lycée Saint-Joseph de Sarlat tenu par des Jésuites. Il dénonçait la condition des paysans de son temps, prolétarisation et perte de la vie saine à la campagne, qui les obligeait à aller travailler en usine pour arriver à vivre décemment. Remarquons cependant dans son poème Lo poulitico del poysan cité ci-après une pique contre Jaurès.

Engagements dans le renaissance d’oc 

Léon Grenaille lisait des écrits en langue d'oc puisqu'on trouve son nom à l'intérieur de la couverture d'un exemplaire du livre D'al brès a la toumba1, poème en douze chants de l'abbé Justin Bessou2.

Il aimait les poètes Mistral et Jasmin :

Oh! S'obioy dé Mistral lo plum'olerto et fino...
Sé Jasmin, aoutrescot, éro possat oyssi
S'orrestabot cosset!
Soun amo to sonsiblo; sos pensados divinos
doban ton fluvé pur et toun cel esclorzi,
Oourio fat cen couplets3.

Un coin del Périgor, in Périgor Négré, p. 101.

Il écrivait des vers où il mettait en scène son amour du pays et le culte de la liberté, le travail des paysans, la nature, les saisons, l'amitié, l'amour de la patrie et des thèmes d'actualité. 
Il vécut les événements de la guerre franco-prussienne dans Les Mobiles de la Dordogne et écrivit un poème quand les navires français allèrent saluer à Kiel l’empereur Guillaume d’Allemagne : O perpau de Kiel4.
Il fut un patriote enthousiaste et un républicain sincère. Il exprimait ses idées politiques dans ses poèmes, par exemple en mars 1894 dans Lo poulitico del poysan5 (in Ol Perigor Négré p.69):

Quant o fa soun merca, lou dissaddé o lo bilo,
Qué li resto un soou ol foun de soun poutzou :
Otzato un tzournolet, oun lo phraso poulido,
Li dono o réfletzi, bien may qué dé rojou.

Lou principé, per el, bol pas lou discuta ;
Soun idéyo es esquélo. Et ré li coustorio
Sé lo menaou un tzour so bieillo liberta
Pu léou sul sol Froncé, li doyssorio lus o.

Mais ço qué counpren pas ; qué soun cerbel estré,
N'o pas pongu sozi, malgré so boulounta;
Qu'os tout oquéou discour, qu'oboutissoun o ré
Mas o ogri l'espri et o tout rétorda.

Bourlio per bien zou diré, sans toutzour li tourna :
Qué los proumessoy fatzo siosquessou plo tengudo,
Per oquel que doban d'estré lou députa,
Nous obio proumétu loy réformo ottendudo.

Qué nous obion pas dit, yo bé bint an d'oco ?
Qué lou poysan biourio de la manno del cel ;
Qué sério rey sus terro, qué l'atzé d'or bendrio;
Qué li monquorio rés, dusco din lou tounbel!

Soun espoir, bien souben es portit en fumado !
Mais malgré tout oco, ès toutzour résigna.
So grando enbitiou: lo terro soménado,
Li proumet din l'estiou uno récolto en bla.

Lo poulitico et del soun pas fat per s'entendré ;
Et sé n'obio rés pu per gorni soun gronié
Poudrio sorra lu flan et sé pressa lou bentré,
Car n'engroyssorio pas déou discour de Jauré.

Boudrio pus tan de mou, préférorio déous acté ;
Li corlio un paou d'ortzen per douna o sus éfon.
Qué lou goubernomen, per dès proucéda satzé,
Opliquès un inpo, o tout oquéou qué n'on.

S'occupoun pas trot d'el ; counessoun so possinço,
Soun corotari dou, esprouba bien souben,
O dounat o la Franço, din dès tzour de démenço,
dé los probo d'omour, o may d'otatzomen.

Quan bay médre ol mé d’o tzus un soulel dé ploun;
Qué dé soun froun, lo suour, tombo sans pu féni,
L’omé déu loubi d’or, fay donsa lu milioun  
O l’oumbro dès polay san crogna lou sondi

Per bien résuma, touto so poulitico,
Su dézir, soun espoir et touto so fierta:
Montène en soun poï lo grando Républico,
Qué d'aoutrès pu molin doyssorion escopar !6

D’autres poèmes sont souvent dédicacés à des amis ou à des occasions particulières. Et il aime mettre en scène son Périgord aimé, comme dans Mon po, mis en musique par Jean Darquier, qui était professeur de musique au collège Saint-Joseph de Sarlat, organiste à la cathédrale de Sarlat et compositeur de mélodies et de pièces pour pianos. La chanson fut chantée surtout dans sa province et même jusqu’à l’Opéra de Paris par Robert Cousinou, chanteur lyrique baryton et poète. Le journal local L’Union Sarladaise publiait les poèmes de Léon Grenaille.

Dans le discours que Jean de Boysson lut le 10 juillet 1932 à la 23e félibrée du Bornat del Perigòrd à Sarlat, on apprend que Léon Grenaille en était membre en tant que maître-ouvrier. Ce jour-là, sa mémoire fut honorée avec celle de deux autres poètes sarladais, Sylvain Cavaillez et Ludovic Sarlat, et une plaque commémorative apposée sur la façade de la mairie de Sarlat. On voit dans le programme que son poème Los tziboulados (Ol Périgor Négré p. 27) fut récité à la Cour d’Honneur sur une musique de Darquier:

Es toumbado oquesté moti,
Oqui, sul pa dé mo porto;
Lo poouréto, presque morto,
Ocobabo d'ogoni!
Dé soun el, moytat cluca,
Uno grumilho s'escopabo;
Pensabo'l niou qu'obio doyssa
Per mouri tzu los tziboulados.
Lou cat nègré et soun oouséléto,
Ol coin del boy, près del toli,
Obion siés io prest'ospeli,
S'éroun solbat dé lo béléto,
Qu'es to missanto péous oousels.
Lo fomilleto èro porado
Quand tout d'un co tombo d'ol cel
Uno terriblo tziboulado...7




1-Selon le terme de Jean de Boysson, avocat, dans son discours a la vingt-troisième félibrée du Bournat du Périgord à Sarlat le 10 juillet 1932, cité par Le Périgourdin de Bordeaux : « Il était des vôtres, Messieurs du Bournat, en qualité de ʺMaître-ouvrierʺ ; et ce n'était pas sans raison que vous aviez ouvert, pour lui, les portes de votre savante compagnie; Grenaille avait l'âme d'un Félibre; il ne voyait rien de plus grand, de plus pur, que Mistral et Jasmin... »
2- Témoignage du 20 juillet 2019 d'Eloi Chaineux qui a écrit quelques paroles de la chanson Moun poï, mais il lui donne un autre titre : Toi ma vieille Dordogne.
3-L'Union sarladaise du 28 mars 1920
4- Du berceau à la tombe
5- Librairie E.Carrère, place de la cité, Rodez, 1892 (imprimerie Jules Bardoux, Villefranche-de-Rouergue).
6« Oh! Si j'avais de Mistral la plume alerte et fine…/ Si Jasmin, autrefois, était passé ici/ Il s'arrêtait de suite !/ Son âme si sensible ; ses pensées divines/ Devant ton fleuve pur et ton ciel clair,/I l aurait fait cent couplets. »
7- A propos de Kiel
8- La politique du paysan
9 - Quand il a fait son marché le samedi à la ville/ Qu’il lui reste un sou au fond de sa poche/ Il achète un petit journal où la belle phrase /Lui donne à réfléchir, / bien plus que de raison./Le principe, lui ne veut pas le discuter : C’est son idée. Et ça ne lui coûterait pas/ Si sa vieille liberté le menait un jour/Sur le sol français, il y laisserait plutôt la peau.Mais ce qu’il ne comprend pas, que son cerveau étroit/N’a pas pu saisir malgré sa volonté,/ Ce sont tous ces discours qui n’aboutissent à rien /Qu’à aigrir l’esprit et à tout retarder.Il voudrait, pour bien dire, sans toujours répéter,/ Que les promesses faites soient tenues/Par celui qui, avant d’être député/Nous avait promis les réformes attendues.


Bibliographie de Léon Grenaille 

Ol Perigor négré e Qualcos espigos, Poésies patoises de La Pontonnerie du Castelglorieux, Bordeaux, Gounouilhou Libourne, G. Maleville, 1902, 144 paginas.

Moun gabelet Moun poï, musique de Jean Darquier, Sarlat, 1908.

Sources

- Una interpretacion enregistrada de Mon Poï per un grop de musica sarladés Les pastoureaux du Périgord (Fin de las annadas 1970).

- Necrologia de Leon Grenalha dins lo jornal L'Union Sarladaise del 28 de març de 1920.

- Testimoniatge d'Alan Grenalha son reire petit filh de Sarlat, interrogat lo 20 d’agost de 2020.

- Traduccion dels poemas de Leon Grenalha per Sergi Lespinasse et Paulette André.

- Dictionnaire des auteurs de langue d’oc de 1800 à nos jours, Jean Fourié, Felibrige Edicioun 2009, p. 161.

- Le Bournat, école félibréenne du Périgord, Jean-Claude Dugros, Lo Bornat dau Perigòrd, 2001.

- Lou Bournat (avril/juin 1920, p. 313 et juillet/ sept de 1932, p.376).

- Tres pouetas sarladais, discours de Jean de Boisson, in Le Périgourdin de Bordeaux, 1933.

- Lo païsan poèta, de Serge Lespinasse pour l'A.S.C.O., in L'Essor Sarladais du 13 juin 2014.

- Témoignage écrit (20 juillet 2019) d'Eloi Chaineux qui a écrit quelques paroles de la chanson Mon poï qu'il nomme autrement (Tu ma vielha Dordonha).

- Programme de la félibrée de Sarlat de 1908.

- Acte de naissença de Leon Grenalha, Archives de la Dordogne, registre d’état-civil de Carsac.

- Signatura de Leon Grenalha sus un exemplari del libre D'al brès a la toumba1, de l'abat Justin Bessou2.



1Du berceau à la tombe

2Librairie E. Carrère, place de la cité, Rodez, 1892 (imprimerie Jules Bardoux, Villefranche-de-Rouergue).

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