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Bourciez, Édouard (1854-1946)

Somari

Identité

Forme référentielle

Autres formes connues

Éléments biographiques 

Engagement dans la renaissance d’oc

2.1 Le romaniste

2.2 Le romaniste

Bibliographie de l'auteur

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Édouard Bourciez (1854-1946), agrégé de Lettres, professeur à l’université de Bordeaux, dirigea la première grande enquête linguistique sur l’occitan en Gascogne. Membre de l’Escole Gastou Fébus, collaborateur régulier de la revue Reclams de Biarn e Gascougne et auteur de nombreuses études linguistiques sur le domaine gascon, il soutint l'instituteur béarnais Sylvain Lacoste et ses revendications pour un enseignement du gascon à l’école.

Identité

Forme référentielle

Bourciez, Édouard (1854-1946)

Autres formes connues

< Bourciez, Édouard-Eugène-Joseph (1854-1946) (nom complet d'état-civil)

Éléments biographiques 

Édouard-Eugène-Joseph Bourciez est né à Niort, dans les Deux-Sèvres, le 29 janvier 1854, dans une famille d’enseignants. Élève brillant, il est admis en 1873 à l’École Normale Supérieure, licencié ès-Lettres l’année suivante puis agrégé en 1876. Il entame alors une carrière dans l’enseignement secondaire comme professeur au lycée de Bar-le-Duc, puis à Orléans. Son premier contact avec l’espace d’oc se fait lors de sa nomination au lycée de Nice en 1878 avant son départ à Nancy dès 1882. En 1883 il est nommé maître de conférences à la faculté de Lettres de Bordeaux, institution et ville qu’il ne quittera plus. Il soutient en 1886 sa thèse de doctorat en français sur Les Mœurs polies et la littérature de cour sous Henri II complétée, comme le voulait alors le règlement pour les universitaires exerçant en Lettres, par une seconde thèse, en latin : De Praepositione « ad » casuali in latinitate aevi merovingici, thesin Facultati litterarum Parisiensi. Il devient en 1890 professeur-adjoint, puis en 1893 professeur en charge de la toute nouvelle chaire de Langue et littérature du Sud-Ouest de la France où il succède à Achille Luchaire (1846-1908).

C’est dans la grande ville gasconne que Bourciez commence véritablement à s’intéresser à l’occitan, et en particulier à sa forme gasconne bordelaise à partir du début des années 1890. Ce romaniste possède alors déjà à son actif un certain nombre de travaux sur la grammaire du latin, du français ancien et moderne, sur la littérature occitane – déjà – et espagnole, sur la phonétique et la phonologie. Son activité couvre l’ensemble du domaine roman. En plus de soixante ans d’une carrière exceptionnellement riche, Édouard Bourciez s’est intéressé à une infinité de choses, mais ce sont les études gasconnes qui vont constituer progressivement le cœur de son action d’enseignant-chercheur à partir de sa nomination à Bordeaux, sans qu’il n’abandonne jamais toutefois l’ensemble de ses domaines d’étude. C’est dans le cadre de ses travaux de recherche et d’enseignement à l’université de Bordeaux qu’il lance sa fameuse enquête linguistique sur le gascon en 1894. Il conserve jusqu'à ses vieux jours une activité de publication et de recherche, relisant et corrigeant ses œuvres en vue de rééditions.

Il décède à Bordeaux le 6 octobre 1946, à l’âge de quatre-vingt-douze ans. Son successeur de chaire, Gaston Guillaumie (1883-1960), lui consacre un article nécrologique qui retrace son parcours. Son fils, Jean Bourciez, fut aussi un universitaire de renom, auteur de travaux sur la langue occitane tels que sa thèse intitulée Recherches historiques et géographiques sur le parfait en Gascogne (Bordeaux : Féret, 1927). Il avait œuvré aux côtés de son père à la fin de sa carrière.

Engagement dans la renaissance d’oc

2.1 Le romaniste

Il sera traité plus loin de la bibliographie très abondante d’Édouard Bourciez, qui recouvre une période de soixante-cinq années d’activité de recherche, sans compter les nombreuses rééditions posthumes. Si sa première contribution avérée aux études occitanes est un article paru dans la première livraison des Annales de la faculté des Lettres de Bordeaux (1888) consacré aux œuvres du poète Arnaud Daubasse (1664-1727), « maître-peignier » originaire de Villeneuve-sur-Lot, c’est au domaine gascon et particulièrement à Bordeaux que Bourciez va se consacrer très rapidement. Bourciez appartient à l’une des dernières générations qui a pu observer une pratique courante et quotidienne de l’occitan dans les rues de Bordeaux, et davantage encore dans sa banlieue et la campagne environnante. Ses connaissances de philologue et de romaniste vont très rapidement lui permettre de mettre au point un croisement entre approches synchronique et diachronique de l’occitan bordelais, grâce à la comparaison de ce que lui donnent les sources de l’époque médiévale à son temps, par rapport à ce qu’il peut entendre tout autour de lui.

Notons également que Bourciez arrive à Bordeaux dans un contexte plutôt favorable à la valorisation de la « l'idiome local » aussi bien par sa présence dans la réalité quotidienne, que par l’existence d’un certain nombre de gens de Lettres et d’universitaires très attachés à son étude. La municipalité de Bordeaux encouragea plusieurs publications sur l’histoire et la culture locales, dont la célèbre Histoire de Bordeaux de Camille Jullian (1859-1933), confrère de Bourciez à la faculté, marseillais d’origine, historien très au fait de l’identité gasconne bordelaise. Mais nous pouvons citer également Jules Delpit (1808-1892), Achille Luchaire (1846-1908), les abbés Hippolyte Caudéran (1835-1899) et Arnaud Ferrand (1849-1910) – ainsi que, peut-être, le cénacle de prêtres occitanophiles qui l’entourait – Léo Drouyn (1816-1896) ou encore Reinhold Dezeimeris (1835-1913). Nous voyons paraître dès 1890 dans les mêmes Annales de la faculté de Lettres « La Conjugaison gasconne d’après les documents bordelais », qui reprend une partie d’une plus vaste étude, demeurée manuscrite et dont une copie est conservée à la Bibliothèque universitaire de Bordeaux sous le titre Étude sur le dialecte gascon parlé à Bordeaux vers 1400 d’après le Livre des Bouillons, les registres de la Jurade et les chartes de l’époque, sans date ni nom d’auteur, mais dont le doute concernant l’attribution à Bourciez n’est pas permis. Cette étude, qui ne demande qu’à être publiée, représente la synthèse diachronie/synchronie précédemment évoquée, au moyen d’un croisement très rigoureux des sources anciennes et modernes. En 1892 paraît La Langue gasconne à Bordeaux : Notice historique, notice qui est d’abord intégrée à une monographie publiée par la municipalité de Bordeaux, avant de connaître des rééditions dans les années 2000. Suit « Les documents gascons de Bordeaux de la Renaissance à la Révolution » qui paraît en 1899 dans les Actes de la Société Philomathique de Bordeaux et du Sud-Ouest, puis en 1901 Les mots espagnols comparés aux mots gascons (époque ancienne).

Parallèlement, Bourciez continue à étudier la linguistique romane, la phonétique et la syntaxe du français ancien et moderne, mais aussi des dialectes d’oïl comme le parler « gavache » - saintongeais - auquel il consacre quelques travaux. En 1936 paraît Le domaine gascon (Droz). Édouard Bourciez contribue activement pendant ce temps à des publications aussi prestigieuses que le Bulletin hispanique, la Revue critique, la Revue des études anciennes, les Annales du Midi, la Revue des universités du Midi, la Revue des Pyrénées et de la France méridionale ou les bordelaises Revue méridionale et Aquitania. Membre de l’Escole Gastou Fébus, l’école félibréenne béarnaise fondée par Simin Palay et Miquèu de Camelat, il est bien entendu un collaborateur important de la revue de l’Escole, Reclams de Biarn e Gascougne. Il compte d’ailleurs parmi les codificateurs de la norme félibréenne béarnaise et gasconne parfois appelée « norme fébusienne » qui est mise au point entre 1900 et 1904.

Édouard Bourciez est surtout connu pour sa colossale enquête linguistique, lancée en 1894 sur l'exemple de « l'Enquête de linguistique et de toponymie des Pyrénées » menée par Julien Sacaze en 1887, connue sous le nom d’Enquête Bourciez, quoique son titre d’origine soit le Recueil des idiomes de la région gasconne. Cette enquête en dix-sept volumes de fiches manuscrites conservés à la Bibliothèque universitaire de Bordeaux se fonde sur la traduction locale d'un même texte, la Parabole du fils prodigue, déjà utilisé par les enquêtes précédentes, en particulier l’Enquête impériale sur les patois de 1807-1812. Elle se présente ici sous une forme revisitée par l’universitaire afin d’obtenir tous les types de mots et de formes qu’il juge nécessaires pour avoir une sorte de photographie instantanée de l’idiome tel qu’il est parlé dans chaque commune de l’académie de Bordeaux. Ce texte est adressé à tous les instituteurs, mais aussi à des élus, agents municipaux, curés, de chaque ville et village de l’académie. Il reçut en retour 4 444 réponses, principalement de la zone occitane, mais aussi de la zone basque et de quelques communes de dialecte d’oïl. L'Enquête Bourciez reste à ce jour inédite pour sa partie occitane, Charles Videgain ayant œuvré à la publication de la partie bascophone (Gozton Aurrekoetxea, Xarles Videgain, Aitor Iglesias, 2004). Elle constitue un document essentiel et incontournable pour comprendre la variation diatopique de l’occitan occidental, et plus généralement pour permettre de penser la dialectologie occitane.

Bourciez est également l’inventeur du code de transcription phonétique appelé « alphabet de Bourciez » ou « de Boehmer-Bourciez » ou encore « alphabet » ou « transcription des romanistes », qui constitue une des premières tentatives d’un alphabet phonétique de transcription. Pensé pour les langues romanes et le grec, il reprend certains éléments de la norme d’écriture de l’occitan que proposait dès 1860 Hippolyte Caudéran : graphie lh pour le son [ʎ], et la graphie tg ou tj pour la réalisation locale gasconne [tʃ]. Il prône aussi l’usage du graphème lh en position finale pour les sons issus du suffixe latin -ICULU et préconise donc d’écrire sourélh (soleil) comme dans la scripta médiévale occitane, au contraire des choix mistraliens, mais conformément à ce que seront plus tard les normes du Félibrige gascon. 

Notons également que Bourciez est contemporain des premiers essais de l’alphabet phonétique international qui paraît pour la première fois en 1888 sous la direction de Paul Passy. Bourciez s’est intéressé de près aux travaux de l’abbé Rousselot sur la phonétique expérimentale, et bien sûr à ceux de son confrère suisse Jules Gilliéron, avec la publication entre 1902 et 1910 de l’Atlas linguistique de la France. L’alphabet de Bourciez, toujours utilisé ponctuellement pour l’ancien français, est celui qui a été notamment employé pour les transcriptions de l’Atlas linguistique de la Gascogne de Jean Séguy, Jacques Allières et Xavier Ravier.

2.2 Le romaniste

Édouard Bourciez ne s’est pas contenté d'œuvrer par la recherche linguistique à la renaissance d'oc en Gascogne. Cet homme de la Sèvre niortaise, parisien d’études et de jeunesse, affecté en plusieurs endroits au début de sa carrière, s’est définitivement fixé à Bordeaux où il est devenu un acteur militant de la défense de la langue occitane, s’identifiant totalement à son nouvel espace de vie gascon auquel il a consacré certains de ses travaux les plus célèbres. En cela, Bourciez est l’incarnation parfaite et anticipée de ce qu’affirma bien des années plus tard Félix Castan : « On n’est pas le produit d’un sol, on est le produit de l’action qu’on y mène ». Son engagement aux côtés des pionniers de l’enseignement de l’occitan, et plus généralement des langues dites régionales, est moins connu. Signataire de pétitions quand le besoin s’en faisait sentir, Bourciez fut en outre un auxiliaire précieux pour l’instituteur Sylvain Lacoste, de l’Escole Gastou Fébus, un des premiers enseignants à avoir activement milité pour que le « patois » fût enseigné à l’école à côté du français. Auteur en 1900 de l’ouvrage fondateur Du patois à l’école primaire (Pau, Vignancour), dont les deux premières parties paraissent également dans la revue Reclams, Lacoste publie en 1902 un Recueil de versions gasconnes préfacé par Bourciez, caution morale et scientifique de la démarche. L’enseignement de la langue d’oc à l’école connaît un véritable engouement à cette époque, en particulier en Gascogne, auprès de nombreux enseignants. Bourciez, par son prestige universitaire, n’y est sans doute pas étranger. En 1942, Bourciez, en fin de vie, préface la Bibliographie gasconne du Bordelais de Pierre-Louis Berthaud. Il y laisse transparaître sa foi en l’avenir de l’occitan et ses espoirs, à travers les propos que Berthaud lui-même cite onze ans plus tard à la fin de son ouvrage La littérature gasconne du Bordelais : « Dans la partie la plus septentrionale de la zone gasconne, l’idiome des ancêtres s’est conservé au cours des siècles et a laissé, de sa pérennité, des témoignages qui, pour être à de certains moments assez clairsemés, n’en sont pas moins incontestables. Il vit toujours, malgré la puissante emprise qu’exerce sur lui la langue française : il vit, il est parlé, fort peu évidemment dans les villes, même parmi les classes populaires, mais encore d’une façon très courante dans les campagnes. Il se parle, donc il peut aussi s’écrire. D’ailleurs, qui connaît l’avenir ? Qui sait si, quelque jour, il ne donnera pas un éclatant démenti aux prophètes de malheur ? »

Bibliographie de l'auteur

- Voir les publications de Édouard Bourciez référencées dans 
Le Trobador, catalogue international de la documentation occitane


Bibliographie et sources :

- GUILLAUMIE, Gaston, 1947. « Nécrologie : Édouard Bourciez », Bulletin Hispanique, volume 49, n°1, pp. 110-111.

- HALPHEN, Louis, 1946. « Éloge funèbre de M. Édouard Bourciez, correspondant de l'Académie », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, volume 90, n° 4, pp. 579-582.

- SARPOULET, Jean-Marie, 2005. Les débuts des Reclams de Biarn e Gascougne, revue occitane en Gascogne (1897-1920) PUB.

- VIAUT, Alain, 1995. « Édouard Bourciez et les études gasconnes ». L'Ethnologie à Bordeaux : hommage à Pierre Métais : actes du colloque du 10 mars 1994, Université de Bordeaux II : Centre d'études ethnologiques, pp.109-128.

- VIDEGAIN, Charles, 2005. « Présentation du recueil Bourciez ». Lapurdum, n° 10, pp 315-324.

Colleccion

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